La politique au temps de l’anthropocène

Édito de Cerises n°190

Notre planète connaît une période singulière. Pour la première fois, une espèce, la nôtre, les êtres humains, nous sommes devenu-e-s des acteurs géologiques, c’est-à-dire que notre action modifie les équilibres planétaires. En moins de deux siècles, nous avons modifié des équilibres multi-millénaires, la composition de l’atmosphère à cause de l’émission anthropique des gaz à effet de serre (méthane, CO2…), l’acidité des océans, le climat et par conséquent les écosystèmes. Toute  politique aujourd’hui ne peut s’affranchir de cette situation. Les rapports sociaux sont conditionnés par cette contrainte. Ils ne peuvent s’en émanciper.

Face à cela, la politique change de nature. Le capitalisme est confronté à sa pire crise. Les mécanismes d’accumulation de capital sont entravés par la raréfaction des ressources non renouvelables, par la conséquence des dérèglements climatiques, la destruction de la biodiversité. Aujourd’hui, le dépassement du capitalisme déborde la seule question de la propriété du capital pour poser la question cruciale du choix de mode de vie soutenable par notre planète. André Gorz a posé clairement la question politique majeure dans son dernier article : « La décroissance est donc un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d’autres rapports sociaux. En leur absence, l’effondrement ne pourrait être évité qu’à force de restrictions, rationnements, allocations autoritaires de ressources caractéristiques d’une économie de guerre. La sortie du capitalisme aura donc lieu d’une façon ou d’une autre : civilisée ou barbare. La question porte seulement sur la forme que cette sortie prendra et sur la cadence à laquelle elle va s’opérer. »

Ce risque de barbarie nous oblige à sortir des schémas anciens, à construire de nouvelles alliances, à maintenir une exigence éthique pour éviter le cercle vicieux des années 1920, précédente période singulière de l’histoire de l’humanité où la pire des bifurcations a été choisie.

Jérôme Gleizes, 4 octobre 2013

Jérôme Gleizes est co-directeur de publication d’Ecorev’, membre de la direction de EELV.

 

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