Une épidémie n’est pas une guerre … mais le révélateur d’une crise écologique

Paru dans Le Bruit des arbres n°3

Depuis l’apparition de l’épidémie du COVID19, les discours bellicistes se multiplient. Nous serions en guerre. Cette rhétorique de la guerre n’est pas anodine. Elle sert à nier le lien évident entre la crise écologique et la pandémie. Elle a, en outre, une fonction performative, adapter nos esprits à une situation de guerre, une bataille contre un virus invisible, le SARS-CoV-2. Cette rhétorique est un piège pour nous faire croire que la situation exceptionnelle et singulière que nous vivons serait une guerre qui nécessiterait une administration de temps de guerre. Ce discours a déjà été utilisé dans la lutte face au terrorisme.

Lexicalement, une guerre est une situation conflictuelle entre deux ou plusieurs pays, États, avec ou sans lutte armée, interétatique ou intra-étatique. S’il y avait une guerre, nous le serions contre la vie car le virus est un être vivant qui s’adapte à son environnement.

Par contre, nous vivons une crise singulière qui demande la mise en œuvre de politiques publiques économiques et sociales exceptionnelles comme ce fut le cas pour le New Deal décidé par le président Roosevelt aux États-Unis d’Amérique en 1933, la NEP dans l’Union Soviétique de Lénine en 1921, ou la reconstruction de l’Europe après la seconde guerre mondiale.

La lutte contre la pandémie du COVID19 nécessite en effet un ensemble de politiques très variées, notamment en recherche et développement, mais tournées vers un seul objectif et non un seul ennemi. En revanche, comme dans les années 1930, cette crise pourrait être un catalyseur de nouveaux conflits, profitant de l’affaiblissement de certains pays. La crise du COVID19 remplace la crise financière de 1929. Certains États, incapables de gérer la crise, trop dépendants pour leur approvisionnement ou ayant des décès trop nombreux dans les secteurs clé du pays, seront affaiblis et pourront devenir la cible d’États prédateurs. L’équilibre géopolitique est en train d’être déstabilisé.

Pouvons-nous être en guerre contre la vie elle-même ?

Le SARS-CoV-2 est un virus à ARN comme l’est le VIH du Sida. Ce type de virus serait à l’origine de la vie en permettant le développement des premières cellules et de leur noyau (1). 8 % de notre génome serait d’origine virale, fruit de contaminations passées. Les virus infectent nos cellules mais comme tout processus darwinien, la téléologie d’une espèce vivante est de vivre et de se répliquer. Contaminer un être vivant pour le tuer, c’est se tuer soi-même. Un article récent de Nature montre que ce virus s’est aussi rapidement développé et répandu sur notre planète pour devenir une pandémie car il s’adapte efficacement à notre société par un processus de sélection naturelle darwinienne (2). Il n’y aucune intentionnalité chez un virus, contrairement à un ennemi dans une guerre.

Ce virus est totalement adapté à notre monde globalisé et à sa métropolisation, la concentration humaine dans des ensembles urbains (3). Il a des caractéristiques, très adaptées au modèle capitaliste dominant. La période d’incubation est très longue, de 6 à 14 jours avec des pics à 40 jours. Le taux de mortalité est 20 à 25 fois plus élevé que celui de la grippe (4). Le virus « est plutôt discret et très contagieux avec une très forte transmissibilité y compris par des sujets asymptomatiques ». Le taux de contamination est de 2,4 à 6 par personnes contre 1,3 pour la grippe. La portée de la contamination est estimée entre 40 et 70 % de la population. Sur celle-ci, 80 % ne vont pas développer la maladie, ou faiblement, mais, sur les 20 % restants qui auront besoin de soins intensifs, 5 % risquent de mourir.

La conjonction d’une forte contamination avec une moindre mortalité risque de provoquer des millions de morts sur toute la planète. Selon une étude d’une université australienne, il y en a aurait au minimum 15 millions (5). La crise sanitaire actuelle n’est que la conjonction entre la mutation d’un virus et son adaptation à une planète dominée par les êtres humains et leurs activités. C’est cette conjonction qui fait la singularité de cette crise. Jamais une espèce vivante n’aura eu une expansion aussi rapide grâce à un véhicule, l’espèce humaine, une espèce invasive présente sur toute la planète, circulant rapidement d’un point à un autre, sur toute sa surface. Aujourd’hui, pas un seul pays n’est épargné.

Une crise économique singulière

Nous ne sommes pas en guerre, donc nous n’avons pas besoin d’une économie de guerre. Dans une économie de guerre, la production et l’offre s’effondrent. Les situations de guerre s’accompagnent de pénuries notamment  en ressources naturelles et matérielles qui nécessitent de revoir le cycle complet de production orientée vers la fabrication de matériel de guerre. Toute la main d’œuvre est occupée par l’appareil de guerre. Une logistique se met en œuvre en réduisant tous les délais au minimum (production, transports). Au contraire, nous connaissons aujourd’hui une crise de la demande avec une offre qui ne s’écoule plus. Le confinement mondial met des millions de personnes au chômage et selon les systèmes sociaux (l’absence de système de chômage partiel), les revenus distribués vont nettement diminuer. Cette baisse de la consommation est renforcée par tous celles et ceux continuant à percevoir leurs revenus qui, durant le confinement, auront une épargne forcée.

Mais comme pour chaque crise, l’évènement, ici la pandémie, n’est pas la cause mais le révélateur d’une crise sous-jacente du capitalisme comme ce fut le cas avec la hausse du prix du pétrole en 1973, les subprimes en 2008 (6). À la différence de la crise des subprimes qui a affecté essentiellement les pays occidentaux en 2008 et impacté le reste du monde en 2009, cette crise est globalisée, n’épargnant aucun pays en 3 mois, de l’Iran aux États-Unis. Elle est universelle et quasi-immédiate, comme le sont nos communications. En terme de politiques économiques, la réponse devrait aussi être la même partout et elle a été présentée par Keynes lors de la crise de 1929 avec le concept de « demande effective » (7) et les politiques de relance, mais à l’échelle de la planète. Les États doivent se substituer aux entreprises et aux ménages lorsque ceux-ci sont défaillants. Cette fois-ci contrairement à la crise des subprimes, l’Union européenne a décidé de s’affranchir des contraintes de Maastricht, en levant la « norme » des 3 % de déficit budgétaire alors qu’elle ne l’avait pas fait en 2009. C’est un premier pas mais cela ne suffira pas car ce virus révèle aussi et surtout la fragilité de nos sociétés.

La singularité de cette crise est son universalité, sa quasi-immédiateté et son impact mondialisé : la première pandémie depuis la grippe espagnole de 1918-20. La globalisation de la production est en fait une centralisation de la production en Asie, un éclatement des processus industriels. Le néo-libéralisme a affaibli les États, notamment du fait des privatisations de nombreux services publics, à commencer par ceux de la Santé, ce qui a fragilisé les systèmes de soins. Cette crise singulière révèle notre faible résilience. Le COVID19 va plus tuer indirectement que directement, dans les EHPAD, dans les hôpitaux, par insuffisance de lits, de respirateurs, de masques, de personnels soignants… La singularité, c’est aussi la surprise d’une épidémie pourtant prévisible tant par les études scientifiques (8) que par les militaires. Comme souvent, les gouvernants sont en retard sur le reste de la société. Il y a eu un effet de sidération, et peut-être du cynisme de la part de certains, qui a fait que les différents gouvernements ont pris du retard et laissé le virus se répandre sur toute la surface habitée de la planète avec un objectif, atteindre une immunité de groupe. Seuls certains pays asiatiques ont été plus réactifs mais souvent au détriment des libertés publiques réactivant le concept de biopolitique, développé par Foucault.

Biopolitique (9) et post-capitalisme

Foucault pour construire son concept de biopolitique part d’une analyse de la « gestion » des grandes épidémies (lèpre, peste, choléra). La biopolitique consiste à maximiser et préserver la vie des populations au nom de l’économie contre le droit de vie et de mort qui caractérisait les formes plus anciennes de souveraineté. Dans cette droite ligne, Wendy Brown nous a alertés sur le néo-libéralisme comme négation de la démocratie (10) en se basant sur les concepts foucaldiens de biopolitique, de discipline et de « société de contrôle ».

Aujourd’hui, le néolibéralisme a inversé la biopolitique en un contrôle total des populations. Aujourd’hui, « toute action et toute décision politique obéissent à des considérations de rentabilité, (…) toute action humaine ou institutionnelle est conçue comme l’action rationnelle d’un entrepreneur, sur la base d’un calcul d’utilité, d’intérêt et de satisfaction, conformément à une grille micro-économique moralement neutre, dont les variables sont la rareté, l’offre et la demande. » Petit à petit, la politique a abandonné les normes pour des chiffres, des probabilités pour gérer les populations. Quant à la technologie biopolitique, pour Foucault, elle « doit s’exercer sur les individus en tant qu’ils constituent une espèce d’entité biologique qui doit être prise en considération, si nous voulons précisément utiliser cette population comme machine pour produire, pour produire des richesses, des biens, produire d’autres individus »(9) Elle s’appuie sur la police qui « à travers le quadrillage et la surveillance permanente qu’elle assure – va permettre de constituer la population comme objet de l’action gouvernementale. »

Les analyses de Michel Foucault sont parlantes pour comprendre le présent même si actuellement la biopolitique ne se conjugue pas avec une société disciplinaire mais avec une société du contrôle. Les règles, les normes ne suffisant plus à contrôler les individus, « des corps dociles » ; des technologies vont permettre de prendre leur contrôle dans leur totalité.

C’est cette biopolitique par les chiffres que nous avons vu au début de la crise sanitaire avec la stratégie d’immunité de groupe : laisser le virus contaminer la population pour que celle-ci produise des anticorps. Ce virus apparaissait mortel uniquement pour les personnes les plus âgées. Un député républicain américain a même dit : « Laissez mourir les vieux, laissez-moi mourir, on a bien vécu, ne confinez personne, sauvez l’Amérique et ses emplois pour notre jeunesse ». Maintenir l’objectif de production, la priorité des priorités, laisser les probabilités gouverner nos vies avec un taux de létalité faible. Mais lorsque les gouvernants ont compris que si 80 % des contaminés vivent la maladie comme « une simple grippe », 5 % des malades vont mourir, ce qui représente des centaines de milliers de morts, ils ont été pris de panique. Les gouvernements décident alors les uns après les autres de confiner leur populations avec toujours cette même absence de contrôle de la maladie. Après n’avoir masqué et testé que les personnes ayant développé la maladie, tout le monde est confiné : porteurs asymptomatiques, malades en phase d’incubation, malades ne nécessitant pas d’hospitalisation. Après avoir laissé les probabilités gouverner la contamination des populations, le zéro risque devient la norme car les hôpitaux sont dans l’incapacité de soigner tous les malades. Le modèle épidémiologique SIR (pour Sain, Infecté, Recovered, guéri) devient le modèle qui gouverne notre confinement ou pas. Nous ne tentons pas de comprendre la diffusion de la maladie pour élaborer une stratégie d’endiguement, nous laissons notamment les espaces déjà fermés devenir des mouroirs, comme en France, avec les EHPAD ou encore les prisons. Mais parallèlement se construit un état juridique d’exception pour gérer la singularité du moment historique vécu. Les ordonnances se substituent aux lois. La police est garante de cet ordre biopolitique, de cette incertitude de l’état médical, malade ou pas, contagieux ou pas, immunisé ou pas.

Certains voient dans cette crise une forme d’effondrement de nos sociétés mais celle-ci n’a rien à voir avec la raréfaction des ressources non renouvelables, les conséquences du dérèglement climatique. Ce n’est pas un effondrement, c’est le contraire, le ralentissement brutal du capitalisme, une réduction de la production, et donc la non-consommation de ressources. La seule ressource qui diminue, ce sont des êtres humains, et souvent des êtres non-productifs pour le néo-libéralisme. Aujourd’hui, les êtres humains sont une ressource contrôlée sous toutes ses formes, et demain d’un point de vue sérologique pour sortir du confinement, un mélange entre le monde d’Orwell et celui de Huxley. Le nouvel ordre est loin d’être démocratique et surtout très inégalitaire. Le capitalisme, comme système d’accumulation infinie de capital, bute sur la raréfaction des ressources. Les capitalistes anticipent déjà ce monde d’après dont nous parlons. La crise sanitaire accélère cette transformation avec la mise en œuvre d’une société coercitive de contrôle (11). La question de la pénurie de ressources non renouvelables, des conséquences du dérèglement climatique ou de la pandémie ne sont plus des sujets réservés pour les écologistes mais des faits pris en compte pour les hyper-capitalistes. Le néo-libéralisme qui s’est souvent appuyé sur les États pour démanteler les services publics au nom d’une orthodoxie financière pourrait se transformer en société post-capitaliste en imposant un ordre autoritaire pour imposer un biopouvoir en réponse à toutes ses crises.

Néanmoins, l’heure n’est pas au bilan, mais au confinement, en absence de tests et de masques, même si la situation que nous vivons est due au cynisme et/ou à des erreurs politiques, car la contagiosité de la maladie est certaine.

Pour autant, nous ne pouvons pas accepter l’état de surprise ni l’usage de biais cognitifs (12). Nous ne sommes dans la situation du cygne noir de Nassim Nicholas Taleb (13) ; nous ne sommes pas face à un évènement imprévisible mais face à un évènement pratiquement certain, une zoonose. La seule incertitude était le type de virus et les formes d’infection, la grippe, un coronavirus, un paléo-virus avec la fonte du permafrost, ou un autre. Cette crise est une crise écologique, une perturbation extrême de nos écosystèmes, due à l’anthropocène. Et il y a une réponse écologiste à cette crise.

Une crise écologique niée

Vernadski est le premier scientifique en 1926 avec la notion de biosphère (14), à avoir une analyse bio-géologique et écologique, posant comme hypothèse que la vie est une force géologique qui transforme la Terre. Il développe une vision systémique de notre terre en développant les concepts développés par Pierre Teilhard de Chardin et Henri Bergson. Il montre que toute la vie vient de la biosphère et que notre planète est composée de cinq différentes couches en interaction : la lithosphère, noyau de roche et d’eau, la biosphère constituée par la vie, l’atmosphère, enveloppe gazeuse constituant l’air, la technosphère résultant de l’activité humaine et la noosphère ou sphère de la pensée.

Cette pandémie n’aurait jamais pu se produire si l’espèce humaine n’occupait pas autant la planète, si la circulation humaine n’était pas aussi rapide. Ce virus vient de la chauve-souris et aujourd’hui, les êtres humains contaminent d’autres animaux, des chats ou des chiens domestiques mais aussi des animaux en zoo comme des tigres, et peut-être des animaux sauvages. Les probabilités que certains ont voulues domestiquer par l’immunité de groupe agissent comme un effet boomerang : la sur contamination multiplie le nombre de mutations du virus.

De même, la propagation du Covid-19 dans le monde est liée au changement anthropique de l’environnement. La promiscuité entre les êtres humains et les animaux est un facteur qui favorise le risque de zoonose (15). Il y a les animaux d’élevage, déjà à l’origine de la grippe H5N5, mais aussi les animaux sauvages qui sont soient braconnés, soit poussés hors de leur habitat naturel par l’expansion humaine, notamment dans les forêts primaires. 65 % des maladies émergentes sont issues des animaux.

Par ailleurs, le confinement produit un ralentissement de la production, et donc des pollutions. L’effet est tel que de nombreux animaux sauvages reviennent dans les écosystèmes qu’ils avaient abandonnés. Le confinement n’est pas une suspension du temps, c’est une réorganisation du monde.

Cette épidémie n’est pas une guerre. L’anthropocentrisme est une impasse de la pensée et la réalité est celle d’une planète qu’aucune espèce vivante ne doit pouvoir contrôler. Nous vivons un moment de la période de l’anthropocène qui était prévisible et qui pourra s’orienter autant vers un nouvel ordre plus autoritaire qu’une prise de conscience écologiste.


Notes

(1) Nicholas V. Hud et David M. Fialho, “RNA nucleosides built in one prebiotic pot”, Science, vol. 366, n° 6461,‎ 4 octobre 2019, p. 32-33 DOI 10.1126/science.aaz1130

(2) Andersen, K.G., Rambaut, A., Lipkin, W.I. et al. “The proximal origin of SARS-CoV-2” Nat Med (2020). https://doi.org/10.1038/s41591-020-0820-9

(3) « La métropolisation du monde est une cause de la pandémie », 28 mars 2020, entretien avec Guillaume Faburel, https://reporterre.net/La-metropolisation-du-monde-est-une-cause-de-la-pandemie

(4) « Le Covid-19 est un réel danger ! », deux scientifiques font le point sur le coronavirus SARS-CoV2, Le quotidien du médecin, le 6 mars 2020, https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/infectiologie/la-covid-19-est-un-reel-danger-deux-scientifiques-font-le-point-sur-le-coronavirus-sars-cov-2

(5) https://anu.prezly.com/coronavirus-is-highly-uncertain-and-the-costs-could-be-high#

(6) Jérôme Gleizes & Yann Moulier-Boutang, « Une lecture écologiste de la crise, la première crise socio-écologique du capitalisme », Ecorev’ n° 32, mai 2009.

(7) Voir Gilles Raveau, https://blogs.alternatives-economiques.fr/gilles-raveaud/2009/05/15/de-la-demande-effective-chez-keynes

(8) Depuis la crise de 2003 sur le SRAS, les chercheurs alertent sur l’inéluctabilité de ce type de pandémie, de cette zoonose. Par exemple, Noël Tordo, virologue, https://www.youtube.com/watch?v=Lh-rjnFj8O0&t=2934s ou le professeur Philippe Sansonetti, Covid-19 ou la chronique d’une émergence annoncée, https://www.youtube.com/watch?v=JKY1i7IpK3Y

(9) Pour aller plus loin sur les différentes interprétations du concept, Alexandre Macmillan, « La biopolitique et le dressage des populations », Cultures & Conflits [En ligne], 78 | été 2010, mis en ligne le 6 mars 2012, consulté le 5 avril 2020. http://journals.openedition.org/conflits/17959 ; DOI : https://doi.org/10.4000/conflits.17959

(10) Wendy Brown, « Néo-libéralisme et fin de la démocratie », 2 octobre 2004, Vacarmes n° 29 : http://vacarme.org/article1375.html

(11) Au nom du coronavirus, l’État met en place la société de contrôle, Gaspard d’Allens (Reporterre), 4 avril 2020, https://reporterre.net/Au-nom-du-coronavirus-l-Etat-met-en-place-la-societe-de-controle

(12) La Biosphère, 2e édition revue et augmentée, Paris, Librairie Félix Alcan, 1929, 323 p. – Rééd. avec une préface de Jean-Paul Deléage : Paris, Seuil, coll. « Points/Science », 2002

(13) L’hypothèse du cygne noir, c’est la réalisation d’un évènement rare mais possible. Les cygnes sont généralement blancs mais il peut y avoir la naissance d’un cygne noir.

(14) HEC Paris Webinar Series – Prise de décision et biais cognitifs: l’exemple du COVID-19 https://www.youtube.com/watch?v=H6IAOM3Ei2o&t=1062s

(15) Plusieurs études dont la dernière, Global shifts in mammalian population trends reveal key predictors of virus spillover risk, Christine K. Johnson, Peta L. Hitchens, Pranav S. Pandit, Julie Rushmore, Tierra Smiley Evans, Cristin C. W. Young et Megan M. Doyle, publié le 8 avril 2020 https://doi.org/10.1098/rspb.2019.2736

1 thought on “Une épidémie n’est pas une guerre … mais le révélateur d’une crise écologique

  1. Bonjour Jérôme,

    Je n’opposerai pas pour ma part politique et probabilités. C’est parce que les politiques ont intégré les proba que les grande pandémies ont été combattu. L’exemple typique est la variole.
    Le Monde a publié un article intéressant sur le sujet: https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/18/comment-le-regard-de-l-homme-a-evolue-face-aux-grandes-epidemies_6036978_3232.html

    Voici un extrait:

    Cette nouvelle donne bouleverse le regard sur la santé publique. « Au XVIIIe siècle, un effort de rationalisation et de quantification apparaît en médecine, souligne l’historien Jean-Baptiste Fressoz, chargé de recherche au CNRS. Les premières inoculations contre la variole sont ainsi fondées sur le principe des probabilités. Aux scrupules moraux des parents, l’académicien Charles Marie de La Condamine oppose des statistiques : le risque de mourir de la petite vérole est de 1 sur 9, celui de mourir de l’inoculation de 1 sur 300. Les philosophes des Lumières comme Voltaire et Diderot défendent cette approche fondée sur la raison car elle symbolise à leurs yeux l’autogouvernement de soi : l’inoculation est l’emblème de la citoyenneté éclairée. »

    La victoire de la science
    Ce plaidoyer probabiliste émerge dans la société du XVIIIe siècle – y compris au sein de certaines communautés religieuses. Dans L’Apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique (Seuil, 2012), Jean-Baptiste Fressoz raconte ainsi les premières inoculations contre la variole menées dans les années 1720, à Boston, par des pasteurs protestants. Pour ces hommes de Dieu, la rationalité n’est pas contraire à la foi : dans Reasonable Religion, le pasteur Mather estime ainsi que « quiconque agit raisonnablement vit religieusement ». Puisque le taux de mortalité des malades de la variole est beaucoup plus élevé que celui des inoculés, il existe, selon lui, un ordre divin favorable à l’inoculation.

    On pourrait dire que bien gouverner, c’est estimer des probabilités, et essayer de maximiser l’espérance mathématique de l’impact des décisions.

    L’article est intéressant aussi car il montre que il y a eu plein d’épidémies avant la mondialisation libérale….

    D’un point de vue écologiste, on pourrait aussi remarquer qu’on est entré dans une société post-croissance, car il est fort probable que le « rebond » espéré sont inhibé par les capacités pétrolières. On a donc une petite chance de limiter le réchauffement climatique à moins de +2°C, et ce sans qu’il est besoin d’une « prise de conscience écologiste » . C’est une bonne nouvelle.

    Le risque de régime autoritaire est très réel, mais il existait sans Covir.: https://thierrycaminel.home.blog/category/algorithmes/

    Amitiés,

    Thierry

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